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Dragage des sédiments : étapes, techniques et réglementation

Dragage et sédimentsPublié le Lecture : 5 min

Ports, canaux, plans d’eau, retenues de barrage : avec le temps, les sédiments s’accumulent et finissent par gêner la navigation, réduire la capacité hydraulique des ouvrages ou dégrader la qualité de l’eau. Une opération de dragage se prépare pourtant bien en amont des travaux : caractérisation des matériaux, choix de la technique, démarches réglementaires et devenir des sédiments sont étroitement liés.

Pourquoi draguer ?

Le dragage, ou curage pour les petits cours d’eau et les plans d’eau, consiste à extraire les sédiments déposés au fond d’un milieu aquatique. Les motivations sont variées :

  • maintenir un tirant d’eau suffisant pour la navigation commerciale ou de plaisance ;
  • restaurer la capacité d’écoulement d’un cours d’eau ou d’un fossé et limiter le risque d’inondation ;
  • retrouver le volume utile d’une retenue d’eau ou d’un bassin de rétention ;
  • améliorer la qualité d’un plan d’eau envasé, sujet à l’eutrophisation ;
  • retirer des sédiments contaminés qui constituent une source de pollution pour le milieu.

Dans un cours d’eau, le dragage doit néanmoins rester justifié : les sédiments font partie du fonctionnement naturel de la rivière, et leur transport vers l’aval participe à son équilibre. C’est tout l’enjeu de la continuité sédimentaire.

Première étape : caractériser les sédiments

Aucune opération ne peut être conçue sans connaître les volumes et la qualité des matériaux. La caractérisation comprend généralement :

  • un levé bathymétrique, qui mesure l’épaisseur des dépôts et permet de calculer les volumes à extraire ;
  • des prélèvements par carottage, répartis selon un plan d’échantillonnage représentatif ;
  • des analyses physiques (granulométrie, teneur en eau, matière organique) et chimiques (métaux, HAP, PCB et, en milieu marin, composés organostanniques) ;
  • si nécessaire, des tests d’écotoxicité.

Les résultats sont comparés aux seuils fixés par l’arrêté du 9 août 2006 : le niveau S1 pour les sédiments de cours d’eau et de canaux, les niveaux N1 et N2 pour les sédiments marins et estuariens. Ces seuils conditionnent à la fois le régime administratif de l’opération et les options de gestion des matériaux.

Le cadre réglementaire

Le dragage relève de la nomenclature « loi sur l’eau » des installations, ouvrages, travaux et activités (IOTA). Pour l’entretien des cours d’eau et des canaux, la rubrique 3.2.1.0 prévoit :

Volume extrait sur une annéeQualité des sédimentsRégime
Supérieur à 2 000 m³Quelle qu’elle soitAutorisation
Inférieur ou égal à 2 000 m³Teneur supérieure ou égale au niveau S1Autorisation
Inférieur ou égal à 2 000 m³Teneur inférieure au niveau S1Déclaration

En milieu marin, c’est la rubrique 4.1.3.0 qui s’applique, avec des seuils fondés sur les niveaux N1 et N2. D’autres rubriques peuvent s’ajouter selon le projet (vidange de plan d’eau, destruction de frayères, rejets), de même qu’une évaluation des incidences Natura 2000. Pour les ouvrages entretenus régulièrement, une autorisation pluriannuelle assortie d’un plan de gestion des opérations de dragage permet d’éviter de renouveler les démarches à chaque campagne. Notre article sur le dossier loi sur l’eau détaille ces procédures.

Les principales techniques de dragage

Le dragage mécanique

Pelle hydraulique depuis la berge ou sur ponton, drague à benne, drague à godets : les sédiments sont extraits par prélèvement direct. Cette technique convient aux matériaux compacts ou grossiers et conserve une teneur en eau proche de celle du sédiment en place, ce qui facilite la gestion à terre.

Le dragage hydraulique

Les sédiments sont aspirés sous forme de mélange d’eau et de matériaux, puis refoulés par canalisation vers une zone de dépôt ou de traitement. Adaptée aux sédiments fins et aux grands volumes, cette technique limite le trafic de camions mais produit un mélange très dilué qu’il faudra déshydrater.

Le curage à sec

Pour les plans d’eau et les étangs, la vidange préalable permet d’intervenir à sec avec des engins classiques. Elle doit être organisée pour protéger le milieu aval, notamment en maîtrisant le départ de matières en suspension.

Le choix de la technique dépend de la nature et du volume des sédiments, de l’accessibilité du site, de la profondeur d’eau, de la sensibilité écologique du milieu et de la filière prévue pour les matériaux. Pendant les travaux, un suivi de la turbidité et de l’oxygène dissous permet de vérifier que l’opération ne dégrade pas le milieu.

Que deviennent les sédiments dragués ?

C’est souvent la question qui pèse le plus lourd dans le budget. Plusieurs voies existent :

  • La remise dans le milieu : lorsque les sédiments sont de bonne qualité, ils peuvent être restitués au cours d’eau en aval, ce qui préserve le transit sédimentaire. En mer, l’immersion reste possible sous conditions strictes.
  • La gestion à terre : une fois sortis de l’eau, les sédiments prennent le statut de déchet. Ils sont d’abord déshydratés (bassins de décantation, géotubes, filtre-presse), puis orientés selon leur qualité.
  • La valorisation : remblais, aménagements paysagers, techniques routières, reconstitution de sols. C’est la voie à privilégier, et elle fait l’objet d’un article dédié sur la valorisation des terres excavées et des sédiments.
  • L’élimination en installation de stockage de déchets, en dernier recours, lorsque la qualité des matériaux ne permet aucune autre solution.

Notre conseil : réfléchissez au devenir des sédiments dès la phase d’étude. La filière de destination conditionne la technique de dragage, la surface nécessaire pour le ressuyage et, au final, une grande partie du coût de l’opération.

Les experts d’IDRA Environnement, reconnus nationalement en dragage et gestion des sédiments, accompagnent les collectivités, gestionnaires de ports et de voies navigables, de la caractérisation jusqu’au suivi des travaux.

Questions fréquentes

Faut-il une autorisation pour curer un étang ?

Le plus souvent, oui, au moins sous la forme d’une déclaration au titre de la loi sur l’eau. La vidange d’un plan d’eau et l’extraction de sédiments relèvent de rubriques de la nomenclature, dont le régime dépend notamment de la superficie, du volume extrait et de la qualité des matériaux. Les services de la police de l’eau de la direction départementale des territoires peuvent préciser les démarches.

Les sédiments de dragage sont-ils des déchets ?

Les sédiments qui restent dans le milieu aquatique, par exemple restitués en aval ou immergés dans un cadre autorisé, ne sont pas gérés comme des déchets. En revanche, dès qu’ils sont gérés à terre, ils prennent ce statut. Ils peuvent toutefois en sortir après préparation, s’ils respectent les critères fixés par la réglementation pour un usage en aménagement ou en génie civil.

À quelle période réaliser un dragage ?

La période est fixée en fonction de la sensibilité du milieu : on évite en général les périodes de reproduction des poissons et de migration. Les prescriptions figurent dans l’arrêté d’autorisation ou dans les arrêtés de prescriptions générales applicables aux opérations soumises à déclaration.

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